NICE JAZZ FESTIVAL

LA MUSIQUE ADOUCIT LES CŒURS  

18, 19, 20 ET 21 JUILLET

Malgré le traumatisme du terrible 14 juillet 2016, le public est revenu. En nombre. Avec dignité, et l’envie de renouer avec tout ce qu’un tel festival signifie, sans qu’on y prête attention en « temps normal ». La découverte tout d’abord. Kamasi Washington et son jazz incandescent, furieux, céleste et humaniste en clôture. En même temps que M et son projet Lamomali. Communion avec les musiciens maliens Toumani et Siddiki Diabaté, la chanteuse Fatoumata Diawara, prometteuse un instant, avant que l’hôte ne reprenne à son compte le fil d’un spectacle festif, joyeux et bon enfant, qui ravit ses fans, moins ceux qui attendaient davantage d’étincelles d’une telle rencontre.

Magnifique moment deux soirs plus tôt dans le Théâtre de Verdure avec la prestation (unique) d’Abdullah Ibrahim, sur les traces de ce jazz sud africain des années soixante, qui bravait l’apartheid dans un chant joyeux bercé d’espoirs et de promesses. Sous le ciel constellé de Nice, le plus beau moment de cette édition.

Belle impression également laissée par le groupe de Christian McBride, « tight », comme disent les américains. Un quartet au cordeau. Funky : Corey Henry semble avoir trouver le juste équilibre entre groove vintage et souffle moderne. Le retour de Youn Sun Nah avec son nouveau répertoire et son nouveau groupe a laissé un sentiment mitigé. Pas toujours dans son élément sur certaines covers.

La jolie voix frêle de Kadhja Bonet et son folk soul intimiste a un peu de mal à se faire entendre en live. Et le combo Con Brio en manque par trop, pour justifier et son nom et le buzz qui le précédait. Tout le contraire du chanteur Myles Sanko, dont la performance a conquis un public qui ne le connaissait ni de près ni de loin, par sa soul acoustique, une voix mâle assurée (Gregory Porter, Gil Scott-Heron…) et la sincérité de celui qui joue sa peau après des années de galère.

Des galères – sentimentales, amoureuses, relationnelles…- dont MJ Blige a fait son affaire depuis ses débuts, presque sa marque de fabrique. Avec un exhibitionnisme qui effraie ou attire, c’est selon. Et une énergie de guerrière.

Une édition qui s’ouvre, colle aux musiques d’aujourd’hui, fait des paris. Les réussit ou pas, mais répond par sa vitalité et la diversité des émotions proposées, à l’attente de culture et de partage en cette année pas tout à fait comme les autres.

R.G.

NICE JAZZ FESTIVAL

3 questions a sebastien vidal, directeur artistique

Quel sentiment vous laisse cette édition particulière ?

L’idée de résilience. On a eu davantage de spectateurs en cinq jours qu’en six il y a deux ans. Les gens sont revenus au spectacle. La ville a traversé une période dure, chargée en émotions. Les événements ont eu lieu à deux pas du site, et lorsque les noms des victimes ont été égrenés, nombre avait moins de vingt ans. Nice est repassé de l’ombre à la lumière, peu à peu, et le festival a joué son rôle. C’est une grande émotion, et en même temps une grande responsabilité que d’aider à accompagner ce moment. Des artistes comme Matthieu Chedid, Ibrahim Maalouf ou IAM ont su faire vivre un esprit festif pour ramener de la joie sur les visages. J’adore M, mais je suis plutôt un fan de jazz, mais ce qu’il a su initier, dès le début de son concert, seul à la guitare, une communion… c’est comme s’il avait débloqué une angoisse, une retenue, éloigné de mauvaises vibrations. Et quand on fait une programmation, ces artistes qui portent des valeurs humanistes, une idée du vivre ensemble, sont précieux. Surtout dans ce contexte.

Des artistes de jazz historique (Abdullah Ibrahim, Herbie Hancock), ou nouveau (Kamasi Washington), du funk (Corey Henry), du rnb (Mary J Blige), des affiches grand public (M, IAM) : quelle est l’identité du Nice Jazz Festival aujourd’hui ?

On critique parfois cet éclectisme, mais un grand festival comme celui-ci a vocation à rassembler. Abdullah Ibrahim a fait sa seule date ici, et j’en suis très fier. Le concert était magnifique. Si quelqu’un a la formule pour faire venir des milliers de personnes chaque soir avec seulement artistes de jazz acoustique… Ca ne nous empêche pas de programmer Herbie Hancock à 23h sur la grande scène après De La Soul et Trombone Shorty. Personne n’est parti, les jeunes sont restés. Parce que cela se tient, c’est une même famille. Et c’est l’idée : celle d’un festival populaire, où l’espace est ouvert, où les gens découvrent Youn Sun Nah, Christian McBride, Laura Mvula… La nouvelle génération est naturellement dans le crossover. J’ai grandi avec D’Angelo qui avait Chris Dave derrière lui, lequel jouait avec Robert Glasper… La grille de lecture a changé. Et un public, ce sont des gens venus pour danser, d’autres pour découvrir, des vrais amateurs, des curieux…

Vos coups de cœur ?

Abdullah Ibrahim : les quinze premières minutes les plus belles du festival. Johnny O’Neal, du jazz au piano avec des standards, ca semble simple, mais il faut ce talent. Herbie Hancock, un homme attentif, et généreux, qui a trente ans lorsqu’il monte sur scène. Kamasi Washington, d’une modernité folle, qui n’est pas un « headliner », mais qui peut le devenir. Ou Myles Sanko, une voix superbe qui, sur la grande scène, un pari, a raflé la mise.

R.G.