LIVE REPORTS

NOUS Y ÉTIONS, NOUS AVONS ÉCOUTÉ, NOUS AVONS AIMÉ

LA TRANSE DE JUANA MOLINA

17 JUIN, LA MAROQUINERIE, PARIS

La plus atypique des chanteuses-musiciennes-conteuses argentines était de passage à Paris, pour présenter le répertoire de son dernier album Halo. Dans une salle comble et conquise par son électro-folk ésotérique, Juana Molina a prouvé aux plus sceptiques que sa popularité européenne était pleinement justifiée…

Désormais, Juana Molina est la chanteuse argentine la plus connue au niveau international (après la légende folk Mercedes Sosa) et fait presque oublier qu’elle est née au pays du tango. Son père était un grand chanteur du genre, pourtant sa fille se situe dans un espace ouvert, entre le rock réflexif de Luis Alberto Spinetta et les réminiscences folkloriques du Cuchi Leguisamon. Au point que ses compatriotes argentins ont mis du temps à lui accorder leur admiration, bien après les anglais et les allemands !
Aujourd’hui, en solitaire ou en groupe, Juana Molina est un nom incontournable dans la galaxie électro. Son public parisien, dans un état second, hypnotisé par les paroles, les riffs et les loops, se montrait totalement conquis par ses expérimentations sonores.

FESTIVAL RIO LOCO,

15 ET 16 JUIN, PRAIRIE DES FILTRES, TOULOUSE

EUSEBE JAOJOBY

La chaleur qui écrasait la ville a eu la bonne idée de céder la place à une douceur plus tempérée, idéale pour déambuler sur la Prairie des Filtres, sur les bords de la Garonne où des milliers de spectateurs, curieux et méritants – ici on ne vient pas suivre des stars attendues, on ose l’aventure de la découverte – n’ont pas été déçus de l’invitation au voyage proposée par l’édition 2017 de Rio Loco dédiée aux musiques des Iles de l’Océan Indien. Un choix et un plateau judicieux, qui offraient la possibilité de mesurer, sur ces deux premiers soirs, la richesse du patrimoine de La Réunion, de Madagascar. Avec les polyphonies embrasantes de Danyel Waro, militant habité de la créolité. Les percussions terrestres de Damily et son Tsapiky (entre traditions africaines et sons actuels des ghettos de l’Ile) fervent. Avec le rock matinée de maloya de Gren Semé. Et le formidable maitre du Salegy, Eusèbe Jaojoby et son groupe, pour faire chavirer un public récompensé de son ouverture aux cultures du monde. Un esprit orchestré par les programmateurs de ce festival unique, qui rappelle, au cœur du grand raout des festivals, qu’il existe bien une alternative aux affiches uniformes et prévisibles. Ici le prix des places est de 10 euros par soir. Et oui, le public est disposé à se laisser porter par le souffle de l’inconnu, l’idée du partage, l’attrait pour l’unicité et l’universalité de chants, danses et musiques venus du bout du monde.

FESTIVAL We Love Green

SOLANGE – FLYING LOTUS – KEDHJA BONET – CAMILLE – ANDERSON PAAK

10 ET 11 JUIN, VINCENNES

 

Sous la canicule, mais le soir tombant, la soul contemporaine s’est faite entendre dans un festival hétéroclite et ouvert, où les hipsters croisent les neo-hippies dans une atmosphère post élection relâchée et bon enfant. Solange, la petite sœur de Beyonce, tout de rouge vêtue, propose une pop soul originale, loin du formatage des stars du r’n’b actuel. Sa voix fragile s’accommode du live et ses chorégraphies (avec ses choristes) invitent au partage, à la communion pacifique mais impliquée. Minnie Ripperton et le Rotary Connection semblent propulsés dans les années 2000, entre message pacifiste et affirmation (féminisme, défense de la communauté afro-américaine et de son identité) : une jolie confirmation. Plus tard, Flying Lotus, seul aux platines (manettes ?), emporte une foule qui écoute, chavire et se laisse embringuer par un set d’une grande intelligence : sans instrument, mais avec un art savant du mélange (hip hop, jazz, funk, afro, Brésil, tribal, électro…) coalisé par la danse-transe : le live de cette édition !

Le lendemain, Anderson Paak &The Free Nationals, mettaient le feu sur la grande scène. Au chant, en leader, à la batterie, en ambianceur, son hip hop funk dynamitait la foule de Vincennes qui ne demandait que ça. Confirmant, live après live, qu’il incarne bien le renouveau de la soul, en live. Le public (concerné ou pas par le développement durable, l’alimentation et la décontamination planétaire) a pu écouter la parole sage ou militante de femmes engagées comme Vandana Shiva et Ladonna Brave Bull Allard, et déambuler vers d’autres zones musicales: celles des ballades intimistes de Kadhja Bonet, perfusées de riffs acides et d’accords décalés, du rock faussement glam et maniéré d’Alex Cameron et, surtout, à la cinquième performance de la semaine de Camille, qui a clôturé en beauté la présentation parisienne de son dernier album –Ouï-. Un concert axé sur la pulsation vitale et une idée de danse inclusive – inspirée de rituels sacrés et profanes -, avec profusion de tambours et une débauche d’énergie maîtrisée, au coucher du soleil.  

BRUNO MARS,  5 JUIN, ACCORDHOTELS ARENA, PARIS

Grand show réglé, pyrotechnie, décorum un peu kitsch (le groupe se déploie dans une sorte de Rubik’s Cube géant) : tous les ingrédients de l’entertainment XXL étaient au rendez-vous. Mais Bruno Mars assure, chante pour de vrai, avec une voix qui sans atteindre les nuances d’un Michael Jackson est agréable et juste, dans les uptempo comme dans les ballades. Il danse, facile, avec ses potes, dans des routines à la Kool & The Gang (le parallèle est d’autant plus immédiat que là aussi, ce sont les cuivres qui se dédoublent, chantent et le secondent dans les chorégraphies). Mais Bruno Mars diffuse surtout un funk 2.0 efficace et généreux. Lancé par ses hits irrésistibles « 24K Magic » puis « Treasure », le spectacle ne faiblit pas. Un groove où le P-Funk de George Clinton, le son des Isley Brothers, du Gap Band, passe par un filtre actuel pop r’n’b pour embarquer une salle venue pour ça : deux heures de feelgood music dans la tradition.

DAYME AROCENA , 13 AVRIL, NEW MORNING, PARIS 

Une vraie présence sur scène, un jazz afro-cubain revivifié par de jeunes musiciens également biberonnés aux sons contemporains : la petite Daymé Arocena a embrasé un New Morning plein, prompt à se laisser emporter dans une session caliente. Moins convaincante lorsqu’elle s’aventure dans une soul r’n’b approximative…

 

DHAFER YOUSSEF, 14 avril, L’OLYMPIA, PARIS,

On ne l’avait pas vu aussi performant depuis ses tournées avec le flamboyant Mark Giuliana à la batterie. Le oudiste et muezzin de la musique improvisée est passé par Paris, et ce fut comme entendre le génie d’Aladin en live…