YANN CLÉRY

RETOUR  AUX SOURCES

Le flûtiste et chanteur a renoué avec sa Guyane natale pour en conter l’histoire, la richesse, les combats, dans Motozot, un disque puissant. La Guyane, il l’a quittée à l’âge de 3 ans, pour vivre en Guadeloupe, puis à Toulouse, et suivre son père employé dans l’aviation civile. Il y est longtemps retourné une fois par an, pour y visiter sa famille. « J’ai toujours gardé la guyanité en moi. Je m’en suis rendu compte a posteriori. » En Guadeloupe, Yann Cléry apprend la flûte et rencontre le formateur de Magic Malik, l’un des esprits émancipateurs de l’instrument. « J’ai eu une formation classique, je suis passé par le Conservatoire, et peu à peu, j’ai abordé l’expressivité, la liberté. Ensuite, j’ai découvert Roland Kirk, le chant mêlé au jeu, j’ai essayé : ça a tout changé. »

Passé par des groupes de ska, de punk, il chante, joue, tourne et se produit avec Sandra Nkaké, Emmanuel Bex, Mo’ Kalamity, il touche aussi au jazz à Paris. Jusqu’à ce qu’un voyage au pays, en 2011, le rapproche de son histoire. « Le choc : j’avais oublié la richesse de la Guyane. J’ai lu beau- coup, j’ai arpenté le pays pour un projet pédagogique destiné aux jeunes. Et moi qui touchait à tout, au drum’n’bass, au reggae, j’ai trouvé une direction qui donne de la cohérence à ce que je joue, à ce que je suis. »

La quarantaine, Yann Cléry signe avec Motozot un album où il se rassemble en même temps qu’il rassemble les différentes cultures de son pays. « Les amérindiens ont une musique tribale, un folklore ancestral. Ce sont des peuples nomades, auxquels on a imposé une sédentarité dont ils meurent : victimes de la pollution, de la déforestation. Il n’y a plus de poisson, de gibiers. Ils souffrent du plus fort taux de suicide et demandent qu’on leur foute la paix. Les Bushinen- gués, descendants d’esclaves, ont gardé une identité afro-guyanaise forte. Enfin il y a les créoles, fruit du mélange de toutes ces ethnies, que certains considèrent comme des « vendus », parce qu’ils s’inscrivent dans l’évolution du pays. » Cette diversité, le musicien a voulu la mettre en avant. « Il y a peu d’initiatives pluri-ethniques, c’est pourtant ce qui me fascine en Guyane. On ne retrouve cela qu’au Brésil. »

Pour mettre des mots sur cet héritage, cette diversité, le flûtiste a choisi des textes de Léon-Gontran Damas cofondateur du mouvement de la Négritude avec Aimé Césaire et d’Elie Stephenson, dont certains poèmes racontent l’his- toire des neg marrons. Avec un motif d’espoir : « Les derniers mouvements sociaux ont réunis les gens, c’est peut-être un signe… ».

YANN CLÉRY

Motozot

(WHY COMPAGNIE/JAZZ FAMILY)