TALIB KWELI

L’ÉTHIQUE DES ANCIENS

Le hip-hop voit émerger une nouvelle génération. Mais le lien avec les anciens et une certaine idée de la transmission persiste. Avec Mos Def, il fêtera les 20 ans de son duo Black Star. « On se connaît depuis si longtemps, il est comme un frère, on tourne ensemble en ce moment  et  nous écrirons et enregistrerons à nouveau ». Comme celui qui a choisi de se faire appeler Yasiin Bey, Talib Kweli incarne un hip hop « conscient » et engagé, dans les mots comme dans la musique. Radio Silence, son nouvel album, embrasse tous les styles, du jazz au r’n’b en passant par la soul, ce que confirme le casting de son nouveau projet où Robert Glasper et Bilal sont là, au même titre que des figures de la scène actuelle, Alchemist, Kaytranada, BJ The Chicago Kid… Vétéran de la scène rap (il est né en 1975), il n’a pas eu à débaucher ses jeunes nouveaux partenaires. « J’avais travaillé sur leurs albums comme Anderson. Paak, leurs mixtapes, ou il m’est arrivé de les rejoindre sur scène comme Jay Electronica : pour la plupart, je les connaissais. Même s’il y a des différences générationnelles, nous avons un respect mutuel. Ils sont le renouveau de la musique noire, montrent sa richesse et sa diversité. Certains sont plus groove, d’autres plus électro, ou plus street. J’écoute de tout, du jazz, du r’n’b, du rock, je me suis toujours nourri de musiques au pluriel. » Malgré ou grâce à ces collaborations, Radio Silence reste dans le droit fil des productions du natif de Brooklyn. Et Kweli, une figure de l’underground, comme le confirme insidieusement le titre de cet album. « Si ce disque s’appelle ainsi, c’est que tout le système est verrouillé. Vous n’entendrez pas ma musique sur les radios, et cela ne date pas d’aujourd’hui. Trop personnelle, pas assez formatée. C’est ainsi, mais ma carrière continue, et celle de beaucoup d’artistes aussi, traités de la même manière par l’industrie. »

ACTIVISTE ET ENTERTAINER

Talib Kweli est aussi un personnage engagé, présent sur le terrain, dans les rassemblements, les manifestations, contre les brutalités policières (le projet Hip Hop For Respect, consécutif à la mort du jeune Amadou Diallo en 1999, sa venue à Ferguson, après celle de Michael Brown en 2014…). Si seule la chanson « She’s My Hero » fait ici allusion à l’actualité, au destin de Bresha Meadows, 14 ans, qui tira sur son père après des années de violences subies, l’activisme du rappeur ne se dément pas. « J’ai commencé à travailler sur ce projet il y a deux ans, avant l’élection de Trump. Il aurait sans douté été différent si je l’avais conçu aujourd’hui. Je suis engagé dans la vie, mais je suis aussi un entertainer. Ce n’est pas contradictoire. La victoire de Trump, c’est la revanche d’une certaine Amérique sur le Président noir…»

TALIB KWELI

Radio Silence

(JAVOTTI MEDIA/3D/MODULOR)