JUANA MOLINA

Électron libre

Ovni dans la constellation des musiques latino- américaines, la chanteuse argentine est une figure reconnue de la planète électro.

Depuis vingt ans, Juana Molina brouille les pistes, introduisant une sonorité complètement nouvelle, un électro-folk original, sans aucune référence locale, dans le panorama musical argentin. Au point qu’un journaliste du New York Times l’a surnommée « la Björk d’Amérique Latine ». « Je prends cela comme un compliment, évidemment ! Je pense qu’il voulait dire qu’on se ressemble parce que chacune fait ce qu’elle veut, sans se fixer de limites formelles ou stylistiques. Ceci dit, la comparaison s’arrête là. Musicalement nous sommes très éloignées et les moyens de production de Björk ne sont pas les miens ! »

Avant d’intégrer le monde de la musique en 1996, Juana Molina était déjà une personnalité populaire dans le monde du théâtre et de la télévision à Buenos Aires. Jusqu’au jour où elle décida de se consacrer exclusivement à la musique… la sienne ! Fille du célèbre chanteur de tango Horacio Molina, Juana Molina a toujours joué ses propres compositions. Parfois accompagnée, comme lors de sa dernière tournée européenne, mais souvent en solo, avec sa guitare électrique, son clavier et ses pédales multi-effets.

Si le titre de son dernier album – Halo – invoque un caractère lumineux, les ossements humains présents sur la pochette du disque évoquent-ils ceux qui ne sont plus là ? Juana Molina a vécu l’exil à Paris, avec sa famille, au temps de la dictature militaire argentine. De là à imaginer un lien avec les pages sombres de l’histoire de son pays… elle réfute : « Non, c’est le graphiste qui m’a proposé cette image sur laquelle on voit mes yeux qui regardent à travers un os… Je l’ai aimée parce que c’était difficile à com- prendre. J’y voyais une créature étrange me fixer… Mais le disque n’avait toujours pas de titre. Soudain, je suis tombé sur le mot « halo » et il m’a plu. Quand je l’ai proposé au graphiste, sa réaction a été : « Halo ? Comme la lumière maléfique, celle qui renvoie aux anciennes superstitions amérindiennes à propos de la « lumière » des morts errants ? »

Juana Molina qualifie sa musique de « folkronica » (electronica-folk). Le public argentin n’a pas toujours été tendre avec elle. Mais l’incompréhension des débuts s’est transformée en soutien depuis son disque Wed 21… et la reconnaissance acquise en Europe et aux États-Unis. Les musiciens qui l’entourent sont plus jeunes qu’elle et son public encore davantage. Juana Molina, pour sa part, est déjà tournée vers le futur.

JUANA MOLINA

Halo

(CRAMMED)