GILI YALO

Exil intérieur

Fils de falashas réfugiés en Israël, le chanteur concilie la mémoire de sa communauté et la modernité d’un jeune dans son temps. La musique de Gili Yalo raconte sa vie. Une rupture récente, et un retour sur lui- même qui a fait ressurgir des souvenirs enfouis. Ouvert et sensible, Gili Yalo a replongé dans son histoire, celle d’un déracinement, sans amertume, avec le sentiment que l’essentiel est dans le présent. Même si le passé, celui de ses parents, falashas, juifs éthiopiens contraints de fuir leur pays pour trouver asile en Israël il y a trente ans, est aujourd’hui derrière lui. « Je me suis mis à la guitare pour composer. Pour chanter sur une musique cohérente avec mes textes. J’ai beaucoup écouté de blues. Comme beaucoup d’enfants, j’ai ignoré la tradition, les airs éthiopiens qu’écoutaient mes parents. Finalement, j’ai mûri, et redécouvert cet héritage. »

Arrivé en Israël à l’âge de cinq ans, après des mois de marche dans le désert, Gili Yalo a tout fait pour se fondre dans le style de ses nouveaux camarades, « à l’occidentale ». La souffrance et la persécution de ses parents, leur déracinement, il les a longtemps enfouis en lui. « Il leur a aussi fallu s’ouvrir. Les gens ici les regardaient comme des étrangers aux coutumes bizarres. Et nous les gosses comme des petits juifs noirs polis et mignons. La communauté des éthiopiens était solidaire, il y avait beaucoup d’entraide, des cérémonies, le café partagé, où l’on refait le monde… Et nous les enfants, on allait plus vite, instinctivement, pour se fondre dans notre nouvel environnement. »

Son album éponyme est traversé de rythmes joyeux. « Je suis positif, même dans les épreuves : les situations d’incompréhension, de rejet, ne me blessent plus. » Même si une certaine mélancolie affleure dans son timbre. « Je respecte mes racines. Depuis deux mille ans, les ancêtres de mes parents rêvaient de rejoindre Jérusalem. Mais je ne raisonne pas en terme de religion. Je ne me réveille pas en pensant : « Je suis juif ». Je suis juste Gili. » Gili Yalo, dont le chant en amharique, les mélopées ethio-jazz influencées par Mulatu Astatké, en version upgradées, dessinent une identité forcément composite, la sienne.

GILI YALO

Gili Yalo

(DEAD SEA RECORDINGS)