ALBUMS

LUCIBELA

Laço Umbilical

(Lusafrica/Sony)

CAP-VERT

La voix douce et sensuelle de Lucibela et le swing chaloupé balancé par une bande de musiciens rompus à tous les bals de l’archipel cap-verdien font de ce disque un irrésistible motif de fête. Lucibela concocte un répertoire de coladeiras, funanas, mornas et autres rythmes sucrés-pimentés, issus de la plume de très populaires auteurs-compositeurs de São Vicente et ses environs: Mario Lucio, Jorge Tavares, Manuel de Novas, mais aussi de l’arrangeur Toy Vieira et la chanteuse Elina Almeida. Pour dissiper le moindre doute sur l’origine de ces vibrations, Lucibela reprend avec délectation deux délicieux morceaux traditionnels («Chica di Nha Maninha» et «Stapora do Diabo»), le cordon ombilical que la lie à sa terre.

 

ANOUAR BRAHEM

Blue Maqams

(ECM/UNIVERSAL)

Pour ses soixante ans, le maître oudiste tunisien s’associe – pour la première fois – à une vraie rythmique de jazz, et quelle section : Jack Dejohnette aux tambours, Django Bates au piano, et Dave Holland à la contrebasse. Un album magnifique, ce Blue Maqams – analogie avec le Kind Of Blue du jazz -, qui concentre en lui toute la problématique de l’écriture et de l’improvisation, de la musique traditionnelle extra-occidentale et du jazz, de la persistance de la mémoire (donc de l’identité) et de l’instantanéité du moment. Le plus beau disque de Brahem, depuis Le Pas Du Chat Noir.

MARYAM SALEH-TAMER ABU GAZALEH- MAURICE LORCA

Lekhfa

(MOSTAKELL/DIFFER-ANT)

Les trois artistes cairotes partagent une certaine idée de la culture de leur pays, enracinée dans son histoire, mais tournée vers le présent. Un vent de liberté souffle sur cette musique, un irrépressible désir d’embrasser le monde, ses évolutions, son ouverture. Traversé de claviers psyché (Maurice Louca), des sonorités du buzuq, de l’oud (Tamer Abu Gazaleh), porté par le chant incantatoire et délié de Maryam Saleh : sur des poèmes dystopiques de leur contemporain Mido Zoheir, le trio mix les subtilités du chaabi, rythmes psychés et dance beats, dans une expression heureuse ou désenchantée.

 

INGA LILJESTRÖM

We Have Tigers

(ACCORDS CROISÉS/PIAS)

S’inspirant autant de la psychologie infantile que des rituels chamaniques venus des fjords, la chanteuse Inga Liljeström se sert à merveille de la richesse de sa culture familiale (origines anglo- finlandaises de par ses géniteurs, australienne de naissance), pour s’immiscer dans le monde aussi populaire que confidentiel des folk-songs originelles : ces « chansons-récits-de-vie » des colons européens qui s’approprièrent des terres américaines, à la recherche d’improbables filons d’or qui changeraient leur vie. 

 


ARTO LINDSAY


Cuidado Madame

(Ponderosa/PIAS)

Dans une variation pop, le plus atypique des guitaristes new-yorkais continue à naviguer entre les rythmes de candomblé et le rock expérimental. Dans cet album, il convoque de vieux complices et s’amuse à styliser et à fusionner des rythmes rituels brésiliens avec des harmonies vocales dérivées des chants d’église afro-américains, tout en évoquant un vieux film où des domestiques assassinent leurs patronnes bourgeoises…

 

 

YACINE BOULARÈS

 

Abu Sadiya

(Accords Croisés/PIAS)

 

C’est un bijou musical, construit comme une pièce d’orfèvrerie, avec la précision du geste inspiré par la mémoire. En compagnie de Vincent Segal au violoncelle et Nasheet Waits à la batterie, le saxophoniste et clarinettiste tunisien Yacine Boularès évoque les migrations, rend hommage à la culture africaine et ennoblit la figure d’Abu Sadiya et sa musique de transe.

 

NGUYÊN LÊ – NGÔ HÔNG QUANG

 

Hà Nôi Duo

(ACT/PIAS)

Dans la lignée de Tales from Vietnam et de Saiyuki, Nguyên Lê continue de faire évoluer une sonorité asiatique sans limites temporelles, ni formelles, ni stylistiques. Hâ Nôi, festin polyrythmique et microtonal, s’égrène comme un luxuriant livre de poèmes sonores inspirés du symbolisme naturaliste. En compagnie de Ngô Hông Quang, Mieko Miyazaki, Alex Tran, Prabhu Edouard, Paolo Fresu…

RHIANNON GIDDENS

Enregistré bien avant les dernières élections américaines, Freedom Highway renfermait sa propre colère, contenue dans la reprise du thème titre des Staples Singers, en soutien des marcheurs de Selma réprimés par la police en 1966, en pleine lutte pour les Droits Civiques, ou celle de « Birmingham Sunday », évocation par Joan Baez de l’incendie d’une église provoquée par le Ku Klux Klan en 1963. Préscience ou mauvais karma : la réalité a ravivé les mauvais souvenirs…

RHIANNON GIDDENS

Freedom Highway

(Nonesuch/Warner)

BLUES TOP! MC

 

RAUL MIDON

« Dur à cuire et aveugle », telle pourrait être la traduction du titre d’un album détonnant de la part d’un artiste qui nous avait habitué à une approche plus folk et sage. Le voici mutant en prêcheur funk et soul. Tout en gardant sa plume poétique et fluide.

RAUL MIDON

Bad Ass and Blind

(Mack Avenue Records)

SOUL TOP! MC

BECCA STEVENS

Après un premier album jazz, où la jeune chanteuse faisait déjà entendre sa différence (voix qui s’évapore, couleurs instrumentales originales), le virage est franc. Becca Stevens, plus proche ici des Bjork, Tori Amos et Joni Mitchell, est rejointe par les Snarky Puppy, Laura Mvula et David Crosby himself (de Crosby Stills Nash and Young). Jusqu’à la sublime cover acoustique finale du « As » de Stevie Wonder, en duo avec Jacob Collier.

BECCA STEVENS

Regina

(Ground Up Music/The Orchard)

POP TOP ! MC

 

CHILDISH GAMBINO

ENFANT PRODIGE

Donald Glover, révélé dans la série Community, à l’honneur dans la série Atlanta (qu’il a créée et où il tient le premier rôle) va bientôt tourner dans Spiderman et dans Star Wars. Mais le jeune comédien, ex-rappeur, reconverti chanteur dans son troisième album, Awaken, My Love ! – une pure merveille funk et soul, publié en janvier – est à la croisée des chemins. Continuer dans la musique ? Suivre l’attraction des grands studios ? Une double casquette de comédien illustré par ce clip de « Sober », extrait d’un précédent album.

 

CHILDISH GAMBINO

Awaken My Love

(Glassnote Entertainment Group)

 

BOB MARLEY & THE WAILERS

Publié jusque-là seulement en vidéo, ce live de novembre 1979, enregistré deux ans avant sa disparition, rejoint un nombre limité d’albums publics de Bob Marley et des Wailers. Au cœur d’une grande tournée aux Etats-Unis (ce soir-là au County Bowl de Santa Barbara), le chanteur reprend ses classiques, mais rode aussi de nouvelles chansons. Aucune concession pop, un son puissant, roots, des versions au plus près du groove et de l’esprit rebelle et incorruptible de Marley.

The Legend Live

(Trojan Records/BMG)

REGGAE TOP ! MC

 

KENDRICK LAMAR/JOEY BADASS 

EXPLICIT LYRICS

L’un, Kendrick Lamar invite Rihanna, U2, l’acteur Don Cheadle sur le clip de « DNA », et signe Damn., un album à explorer sur la durée. L’autre, Joey Badass s’adresse à L’Amérique avec des brûlots aux titres explicites « Ring The Alarm», « For My People » ou le puissant « Land Of The Free », dont le clip renvoie aux lynchages et au KKK.

Kendrick Lamar

Damn.

(Interscope Records)

Joey Bada$$

All-AmeriKKKan Badass

(Cinematic Music Group)


 

YOUN SUN NAH

NY-SEOUL-PARIS

A l’apogée de sa carrière européenne, Youn Sun Nah est partie se ressourcer en Corée, puis enregistrer un nouvel album à New York.  Plébiscitée sur toutes les scènes, la chanteuse a ressenti soudain la sensation vertigineuse du vide…de ne plus avoir rien de nouveau à offrir à son public. Le retour à Séoul, auprès des siens, puis une escale aux Etats Unis et une complicité musicale nouvelle avec des musiciens de NY l’ont aidée dans cette nouvelle phase. Jamie Saft lui a suggéré un nouveau répertoire : des chansons écrites par des songwriters inspirés (Joni Mitchel, Lou Reed, Jimi Hendrix), des compositions personnelles et des recréations de poèmes traditionnels coréens. Le résultat est un superbe album, que Youn Sun Nah présente dès ce printemps sur scène, en France.

YOUN SUN NAH

She Moves On

(Act/Pias)


Youn Sun Nah, pour le Jazzday à La Havane, Cuba

TROMBONE SHORty

Le vibrionnant Trombone Shorty est vite en aérobie entre les quatre murs d’un studio. Le live lui permet de déployer l’énergie et la spontanéité qui font de lui l’un des talents les plus contagieux apparus récemment. Trouver le plus sur chemin pour libérer cette générosité, cette vibration funky relevée de jazz et de blues louisianais, n’est pas le plus simple. Alors Troy Andrews fonce, avec ses acolytes d’Orleans Avenue, sur des covers d’Allen Toussaint, des Meters. Pas sur pourtant que cette session permette au performer de donner sa pleine mesure.

TROMBONE SHORTY

Parking Lot Symphony

(Blue Note/Universal)

JAZZ

 

RYUICHI SAKAMOTO

Ancienne star techno-pop, acteur vedette dans Furyo face à David Bowie, puis guest de projets avant-gardistes new-yorkais (avec Arto Lindsay et Vinicius Cantuaria) et bossa-nova (avec le couple Paula et Jaques Morelenbaum), Ryuichi Sakamoto est un compositeur extrêmement demandé par le cinéma et les arts visuels. Seul face au piano, son jeu minimaliste et délibérément décalé par rapport aux ressources technologiques actuelles (il se contente d’un simple synthé analogique Prophet 5) : le musicien privilégie un tempo intérieur étranger aux sirènes commerciales, à la quête de popularité, ou à la vitesse d’exécution virtuose.

 RYUICHI SAKAMOTO

Async

(Milan)

CLASSIQUE

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